samedi 10 janvier 2009

IV- DU MINISTÈRE DE LA SANTÉ ET DE LA POPULATION


Construisons Ensemble un État Démocratique, Moderne et Prospère

Par Paul G. Magloire
Décembre, 1986
(PAGES RETROUVÉES IV)


DU MINISTÈRE DE LA SANTÉ ET DE LA POPULATION

D’ici quarante ans (2026) les statisticiens prévoient que la population Haïtienne sera le double de ce qu’elle est aujourd’hui, soit un peu plus de douze millions d’habitants. Ce chiffre doit faire frissonner, car le pays n’est pas préparé à recevoir une telle affluence. Telle qu’elle est maintenant, la situation est déjà exécrable. Nous sommes, par exemple, très peu exigeants sur le plan sanitaire. Les lieux publics de nos villes sont de véritables foyers de malheurs. Dans les marchés sauvages qui germent au hasard des quartiers, nous achetons de la viande et toutes sortes de nourriture souillée, lesquelles sont présentées dans des conditions malsaines et répugnantes. Nous ne faisons pas trop grand cas d’être servi dans les bars, les restaurants et autres lieux de détente par un personnel ignorant des notions élémentaires d’hygiène et qui est, par conséquent, artisan involontaire de propagation de maladies. Il y a aussi les maisons dites de tolérance qui dépravent la dignité de la femme et de l’être humain en général. Elles sont si répandues dans nos villes qu’elles concurrencent en nombre nos établissements scolaires. Elles sont de véritables greniers à maladie. Et quoique nous soyons placés à l’index de la société internationale qui nous accuse d’être porteurs et propagateurs du Sida, nous restons complaisamment à regarder empirer la situation sanitaire du pays. Il est temps que nous apportions un vigoureux changement à tout cela. Les enfants de demain devront hériter d’un monde plus propre.

Le Ministère de la Santé Publique et de la Population prendra des mesures pour suppléer à cette carence de contrôle sanitaire dans les lieux publics. Un programme d’urgence de construction de lieux d’aisance et de bains publics sera envisagé à l’échelle nationale. Beaucoup de mesures classiques, telles que campagne d’information audio-visuelle, application d’amende aux contrevenants, accompagneront et renforceront les mesures administratives.

Ce ministère aura aussi pour responsabilité d’aborder le grand problème du déficit de l’alimentation des couches nécessiteuses de la population. Le déficit calorifique de 14% et protéique de 32% en moyenne par habitant, s’il persiste pourra entraîner une dégénérescence biologique du peuple Haïtien ; la taille moyenne par habitant pourrait régresser dans le cas ou aucune mesure systématique ne viendrait rectifier cette faiblesse.

Jusqu'à présent les soins de santé atteignent une portion très faible de la population haïtienne. Bien que l’échelle des revenus et de l’éducation en s’améliorant doivent parallèlement contribuer au progrès de la généralisation des soins de santé, un effort de démocratisation traversera le secteur médical pour faciliter cette généralisation. Tout d’abord, un financement sur vingt cinq ans, à faible taux d’intérêt, sera offert à des médecins Haïtiens pour les aider à créer des centres hospitaliers dans les villes communales. Chacun de ces centres sera équipé d’unités de cliniques mobiles et d’ambulanciers pour desservir les sections communales avoisinantes. Pour sa part, l’état fera des investissements importants dans la recherche pharmacologique et subventionnera la vente des médicaments pour les rendre accessibles à la masse des consommateurs à faibles revenus. Dans cette optique, il n’est pas à écarter que l’Etat pourra envisager de nationaliser le secteur des produits pharmacologiques, dans le cas où il se formerait des zones de résistance hostiles à la politique de l’abaissement général des frais de santé pour la population du pays.

De toute façon, les différents services des centres hospitaliers de l’Etat seront équipés de matériels adéquats. Les médecins de service dans les centres de l’Etat auront trois types de statut. Il y aura les résidents en contrat temporaire. Les médecins engagés à plein temps dans des termes prévus par un contrat à terme. Et ceux qui offriront un quota de travail que cette dernière catégorie du personnel médical doit fournir, afin qu'en contrepartie il puisse bénéficier d’une réduction de 50% du taux de l’imposition sur le revenu. Il y aura aussi des médecins qui pourront offrir des services détachés à un hôpital ou à la santé publique. Les médecins de cette catégorie pourront recevoir un quota mensuel de patients identifiés par l’Etat, dans des cliniques privées, à des coûts prévus légalement, où ils seront payés sur la base salariale des services hospitaliers publics. Le Ministère de la Santé recevra les obligations payées par le secteur privé comme frais de couverture sanitaire aux salariés. Ces fonds serviront à payer les soins médicaux fournis aux salariés dans les cliniques privées, et le surplus sera affecté au budget de fonctionnement des hôpitaux.

Le Bureau National des Etats d’Urgence (BNEU) relèvera du Ministère de la Santé. Ce bureau en dehors des problèmes occasionnés par les désastres aura d’autres fonctions importantes. Entre autres, il aura la tache de stabiliser les prix des produits agricoles et des autres produits de première nécessité; il s’occupera, en outre, de la réception de toute aide en nature venant de l’étranger. Il échangera les dons en nature destinés à d’autres organismes contre leur valeur monétaire sur le marché local. Il pourra entreposer ces produits et en faire, quand il y a lieu, des dons en nature à des zones sinistrées ou nécessiteuses, procéder à des ventes ou à des achats de marchandises des coopératives commerciales des communes. C’est le BNEU qui sera appelé à approvisionner en produits les réfectoires des établissements scolaires des trois premiers cycles en accord avec le Ministère de l’Education Nationale. Ce mécanisme sera adopté dans le but de protéger la production domestique contre les flots de produits, qui par le circuit de l’assistance étrangère, arrivent sur le marché local.

L’Institut de Contrôle de la Pollution sera également placé sous la tutelle du Ministère de la Santé et de la Population. Cet institut (ICP) aura à livrer à toute entreprise en activité sur le territoire, un certificat de contrôle qui lui permettra de trouver la licence communale d’autorisation de fonctionnement. L’objectif de l’ICP sera d’empêcher aux activités polluantes de se répandre dans le pays. C’est l’ICP qui aura aussi le contrôle de la pollution par le bruit. En fait, il envisagera des mesures appropriées afin d’empêcher que les agglomérations urbaines deviennent le siège de sons bruyants que pourraient répandre les avertisseurs d’automobile, les dancings, les sectes religieuses et autres, aux heures tardives de la nuit.

DU MINISTÈRE DE LA JUSTICE

L’une des institutions les plus décriées est l’Administration de la Justice. Il n’en saurait être autrement dans un pays comme le notre qui porte une longue tradition de dirigisme étatique reposant sur l’arbitraire. Dans l’optique démocratique, le Ministère de la Justice devra veiller à ce que tous les citoyens soient égaux devant la loi et qu’aucune personne ne puisse se sentir privilégiée par rapport à une autre. Dans notre démocratie le mot « Justice » retrouvera sa crédibilité et impliquera le même principe pour tous. Ainsi, la loi garantira à tout citoyen le droit de porter plainte devant un tribunal compétent pour toute affaire dans laquelle il se jugera lésé, et d’obtenir réparation quand il y a lieu. La loi garantira aussi la liberté d’expression, de religion, d’opinion, d’association, de libre adhésion à un parti politique ou à un groupement quelconque. Et l’habeas corpus sera acquis à tous les citoyens indistinctement. De sorte que le système ancien sera révisé. Les conditions de détention dans les prisons du pays relève de la barbarie pure et simple. Elles sont incompatibles à un système démocratique qui reconnaît des droits même aux prisonniers condamnés. Le principe de l’incarcération est punitif, mais ne vise pas à dégrader l’être humain ou à détruire l’estime de soi chez un individu, en le soumettant à un régime carcéral avilissant. Et, l’horreur, les mesures les plus terribles sont appliquées contre des individus emprisonnés pour des délits d’opinion. La désaffectation des prisons centrales - qui sont actuellement situées au centre de la capitale et des villes de provinces - dans le but de créer des centres d’activité culturelles pour les jeunes, nous portera à envisager la construction de centres de détention plus adéquats en dehors des villes pour recevoir les personnes condamnées selon les lois du pays. Des centres de pré-détention pour accusés et prévenus seront également aménagés dans les commissariats de police communale.

Etre Haïtien doit devenir un fait sacré. Aucune disposition légale ne pourra plus jamais proscrire un citoyen ou le priver de sa nationalité. Ensuite, il faut mentionner que tout enfant dont l’un des parents est Haïtien sera et demeurera Haïtien quelque soit le lieu de sa naissance. De même la citoyenneté haïtienne pourra être attribuée à un enfant de parents étrangers né sur le sol haïtien. Mais, il sera réclamé que cet enfant, arrivé à l’âge de majorité, produise une demande de confirmation de sa citoyenneté haïtienne pour faire valoir pleinement et entièrement ses droits.

La reconnaissance de la double nationalité sera également allouée sans restriction à tout haïtien. La nationalité d’option viendra se greffer à la nationalité haïtienne sans la supprimer. La possibilité pour un citoyen avec une double nationalité de se déclarer candidat à un poste électif quelconque existera, pourvu qu’il renonce à sa nationalité d’option trois mois avant la date des élections.

Le Ministère de la Justice envisagera de moderniser les fonctions d’officiers d’état civil, de notaires et d’arpenteurs, afin de les rendre plus aptes à répondre aux besoins d’une société démocratique. Ensuite, les anciens actes d’états civils seront revus, dans le but d’apporter de nécessaires corrections et de constituer des archives normalisées. Finalement les actes d’état civil seront désormais imprimés en français et en créole (Recto Verso) pour faciliter la compréhension des dispositions et la lecture des textes à la totalité de la population.

DU MINISTÈRE DE L’ÉQUIPEMENT ET DE L’AMÉNAGEMENT.

Le Ministère de l’Equipement et de l’Aménagement regroupera plusieurs organismes qui auront à agir de concert pour doter le pays d’une infrastructure moderne et appropriée. On trouvera sous la tutelle de ce Ministère la Direction de l’Aménagement Territorial (DATE), la direction de l’Energie, la direction des Télécommunications, celle du logement, du transport et des organismes autonomes. Il y aura aussi l’Institut de Recherches Technologiques (IRT) et une institution de financement, la Société Générale des investissements (SOGI) qui joueront un rôle important dans le développement du pays. Une autre agence importante de ce Ministère sera l’Institut de Reforestation et d’Entretien de l’Environnement (IREE).

Le Ministère de l’Equipement et de l’Aménagement sera la pièce maîtresse dans la décentralisation des équipements du pays et la répartition équitable des infrastructures à l’échelle du territoire. Il y a beaucoup de régions qui sont très défavorisées en matière d’équipement et certaines sont même totalement oubliées. Ce ministère s’empressera de prendre des dispositions favorables au développement de quatorze villes pour les rendre capables de jouer leur rôle de capitales régionales. En outre, ce ministère aura à repenser l’armature urbaine de Port-au-Prince, reconditionner ses infrastructures et à en créer de nouvelles. Cela sera nécessaire pour arriver à loger décemment la population de la capitale fédérale. Le plan d’aménagement territorial prendra en considération le découpage juridique fédéral. La fédération Haïtienne sera divisée en quinze régions ; les régions seront divisées en communes et les communes en sections. Les régions ne seront pas la reproduction des coupures départementales. Les nouvelles délimitations juridiques seront des ensembles géographiques dont l’unité sera basée sur des critères d’affinité, de vocation et de complémentarité tant du point de vue social qu’économique. Ainsi, ce découpage se fera sur la base de réalités concrètes. Il ne tiendra pas compte de considérations abstraites qui échapperaient, en général, au grand nombre et deviendraient une source de querelle et de nuisance. On peut mentionner qu’il existera la région de Fort-Liberté, du Cap-Haïtien, des Gonaïves, de Port-de-Paix, de Hinche, de Croix-des-Bouquets, de Mirebalais, de St Marc, de la Gonâve, de Petit-Gôave, de Jacmel, de Miragoâne, des Cayes, de Jérémie et de la capitale fédérale qui sera Port-au-Prince. L’un des objectifs du réaménagement territorial sera d’arriver à une distribution équilibrée de la population haïtienne pour les quarante prochaines années.

L’indice de la répartition démographique qui est prévue pour l’an 2026 sera une moyenne de trois cent mille habitants par capitale régionale, trente mille par ville communale et de sept mille personnes par village en dehors de la capitale fédérale.

Le Ministère de l’équipement est appelé à participer largement à la restructuration de la communauté rurale et urbaine à coté des instances régionales et locales. L’objectif de cette restructuration sera l’intégration harmonieuse de la communauté nationale à son environnement naturel.

L’Institut de Recherches et de Technologie (IRT) sera habilité à établir les normes et standards en matière de construction civile et d’habitat urbain et rural. Il fera des recherches en matière de matériaux locaux pour trouver ceux qui sont susceptibles d’être substitués à ceux qui sont importés ou en voie d’épuisement. En exemple, le développement de la fabrique de briques d’argile pourrait amener ce matériau à remplacer le bloc de ciment dans la construction des maisons, ou sa substitution à l’asphalte pour le pavage des rues à faible circulation etc. En fait, l’IRT aura des qualifications étendues à d’autres domaines de recherches tels que les méthodes et procédures et les standards d’évaluation dans plusieurs types d’activités, le développement de l’énergie solaire et d’autres énergies non conventionnelles à usage industriel ou domestique, l’inventaire de la pharmacologie traditionnelle, etc…

La direction du logement de ce ministère interviendra pour abaisser le coût du logement et améliorer les conditions et le style de l’habitat en milieu rural et urbain. Parce que la composante architecturale est un aspect important du logement, du fait que le comportement humain est intimement dépendant de son environnement. C’est en ce sens que le ministère de l’aménagement devra présenter aux mairies des recommandations en matière d’urbanisation. Par exemple, il y a un manque navrant d’espaces verts et d’agréments naturels dans l’espace urbain du pays. Il nous faudra construire beaucoup de jardins publics. Ces éléments indispensables à la vie humaine ont une fonction paysagère; et ils contribuent à la beauté des villes en offrant aux citadins l’avantage de précieuses possibilités de détente et de repos après les tracasseries journalières de la vie.

L’un des assesseurs du maire sera nommé commissaire du conseil foncier et d’aménagement de la commune (CFA). Ce fonctionnaire et ses services feront respecter les règlements, les normes et standards en matière de répartition, d’occupation de terrain, et de tenure de l’espace communal de sa juridiction. Il sera exigé à tout constructeur de soumettre au CFA de la juridiction concernée le plan d’un bâtiment avant sa construction. Toute habitation en milieu urbain devra être équipé d’électricité. L’électricité domestique sera payée sur une base forfaitaire, mensuellement, dépendant de l’importance des installations. Les compteurs électriques seront installés uniquement dans les bâtiments commerciaux et industriels. Le coût de l’électricité dépendra de la région, de la zone et du quartier. Les petites unités de boulangeries et de blanchisseries installées dans les parcs industriels recevront l’électricité à un prix modéré. Pour inciter ces types d’entreprises à se déplacer dans les parcs industriels, elles seront financées par la SOGI à des taux d’intérêts véritablement bas. Ces petites entreprises pourront utiliser des concessionnaires ou de petits comptoirs d’affaires dans les centres urbains. En fait, il sera très avantageux pour une blanchisserie de s’établir à si bon compte dans un parc industriel, de recevoir et livrer le linge à travers une chaîne de comptoirs disséminés à travers la ville. L’énergie représentant le secteur numéro un du gouvernement fédéral, d’importants investissements seront faits dans ce domaine pour doter le pays d’un réseau électrique desservant toutes les villes.

Les dispositions antécédentes faciliteront ou rendront possibles les objectifs de l’Institut de Reforestation et d’Entretien de l’Environnement. En effet, la principale cause de la déforestation du pays est la forte demande en bois de chauffage. Les plus grands consommateurs de charbon de bois sont les familles qui vivent en milieu urbain ! Des enquêteurs estiment que chaque famille consomme l’équivalent d’un arbre par semaine soit à peu près soixante arbres par an. Les blanchisseries, les boulangeries, les fabricants de chaux vive forment la deuxième catégorie de consommateurs. A part son utilisation en tant que combustible, le bois est également très demandé en tant que matériau de construction. Le paysan use le bois pour le treillage de sa cahute, et il y a une grande utilisation de bois dur et de planches de fabrication locale dans les constructions urbaines.

On ne pourra freiner la destruction de la couverture verte du pays sans offrir d’alternatives aux besoins de combustibles et de matériaux traditionnels de construction. La Direction de l’Energie envisagera d’importer pendant un certain temps, dans le port de Miragoâne, le bois brut et le charbon en vrac, des Etats-Unis et des pays de l’Amérique Latine. Le bois brut sera vendu à des scieries, et le charbon mis en sac, sera vendu à des grossistes déjà établis dans ce commerce. Le prix de ces produits sera subventionné, et le prix aux consommateurs finals sera fixé à un niveau très inférieur par rapport aux produits locaux. En outre, les projets forestiers sporadiques sont tout à fait insuffisants. Il faut un programme systématique qui vise à mettre des structures intégrées de reforestation, de protection et d’entretien des forêts. Le déficit à combler pour atteindre une couverture forestière acceptable pour le pays porterait sur la plantation de cent cinquante millions d’arbres sur une superficie d’à peu près trois cent milles hectares. On aura à atteindre ce palier sur une période raisonnable de quinze ans, à raison de dix millions d’arbres plantés à l’année. Ce sera l’occasion de lancer des programmes de repeuplement des vastes zones inoccupées actuellement. Il sera établi dans ces zones des unités d’exploitations forestières et d’élevage domestique. De telles unités, subventionnées au départ, dégageront par la suite suffisamment de revenus pour s’auto-entretenir. L’IREE sera un organisme doté de sources de revenu autonome. Son budget sera alimenté par les taxes sur les actes civils, d’une taxe à l’aéroport, et d’une taxe sur les factures douanières.

La priorité des priorités de ce ministère sera d’équiper le pays d’un réseau électrique touchant toutes les villes. Avec l’aide de l’Institut de Recherches et de technologie, l’énergie solaire finira par devenir la plus importante des sources alimentant ce réseau. La politique d’exploitation de petites centrales hydro-électriques continuera à se développer pour alimenter les petites localités et les villages. A la longue on arrivera à réduire considérablement la dépendance vis-à-vis du pétrole en introduisant dans le circuit urbain des unités de transport alimentées par l’énergie électrique.

La SOGI sera un organisme de financement placé sous tutelle du ministère de l’équipement pour lui donner une autonomie d’action financière dans les secteurs qu’elle juge prioritaires selon les critères de son Ministère. La SOGI absorbera la ci-devant appelée Société d’Equipement National (SEN). Elle investira, de concert avec le secteur privé, pour équiper chaque capitale régionale d’un parc industriel. Cet organisme servira également à faciliter l’implantation au moins d’une unité industrielle dans chaque commune. Les entreprises financées par la SOGI seront de petites unités à haute utilisation de main d’œuvre. Elle privilégiera celles qui transformeront les produits locaux ou la matière première locale, et celles qui seront engagées dans l’assemblage dans les parcs industriels des villes. Les entreprises créées avec l’appui de la SOGI bénéficieront d’un ensemble de soutien de cet organisme durant une certaine période, afin de les amener au seuil de rentabilité. En contrepartie, la SOGI contrôlera le tiers des droits qu’elle cédera progressivement à la commune tout en réservant 10% des parts de propriété aux salariés de l’entreprise. Donc, ce seront des entreprises mixtes à participation salariale.

A SUIVRE : LE MINISTÈRE DE LA PRODUCTION

III- RÉFORME DES INSTITUTIONS ADMINISTRATIVES


PROSPECTIVES POUR UNE RENAISSANCE HAITIENNE

Construisons Ensemble un État Démocratique, Moderne et Prospère

Par Paul G. Magloire
Décembre, 1986
(PAGES RETROUVÉES III)


III- RÉFORME DES INSTITUTIONS ADMINISTRATIVES

Les institutions administratives actuelles ont été conçues avec des objectifs politiques bien définis: la centralisation, la répression et la dépendance vis-à-vis de l’étranger. Il ne peut échapper à personne que toutes les décisions sont prises à Port-au-Prince. Les administrateurs dans les autres départements du pays sont de simples figurants qui dépendent du pouvoir central et le pouvoir central est au palais national. D’autre part, si l’administration publique n’a aucune autorité réelle, elle est pourtant utilisée par le pouvoir central comme un outil terrible de répression. Par exemple, tous les postes de l’administration publique sont politisés, à un point tel, qu’aucun fonctionnaire de l’Etat ne saurait faire carrière s’il n’a d’attaches au palais national ou, tout au moins, un parrain, qui lui-même est fort au palais. Pour parfaire ce système répressif, les penseurs de l’administration publique haïtienne ont établi un mécanisme d’une grande efficacité. C’est le système des frais dans l’administration publique. La rémunération des fonctions est maintenue à un niveau dérisoire, de sorte que le fonctionnaire de l’Etat pour avoir des revenus décents, doit avoir d’autres rentrées. S’il se montre conciliant et soumis à son patron administratif, ou s’il a la recommandation d’un parrain, il peut obtenir des frais, lesquels sont, des fois, trois fois supérieurs au salaire de base. Pas besoin de se demander si un tel mécanisme de soumission permet au pouvoir central d’obtenir de l’administration publique une obéissance aveugle. Enfin, il n’y a aucune difficulté, alors, pour le pouvoir en place à devenir le maître des vies et des biens, à piller sans réserve le trésor public avec la complicité agissante ou passive des fonctionnaires de l’administration publique.

L’administration publique a également la fonction de maintenir la dépendance vis-à-vis des pays étrangers. En grande partie, la fonction publique exige à certains postes des qualifications qui ne sont pas assurées par les écoles haïtiennes. Cela n’est pas un fait innocent. On pourrait préparer ces qualifications à des coûts plus bas dans le pays. Mais cette distorsion entre les exigences de la fonction publique (plus spécialement pour les postes les mieux rémunérés) et la formation fournie dans nos écoles, est encouragée par la volonté manifeste d’abaisser la confiance de l’Haïtien dans l’éducation locale, et par voie de conséquence, d’accepter une certaine supériorité naturelle de l’étranger sur le national. C’est une situation courante dans les anciennes colonies qui, quoiqu’indépendantes, sont conservées sous tutelle des puissances étrangères par des mécanismes occultes. En général, les cadres formés à l’extérieur cherchent à faire valoir ce qu’ils ont appris, ce qui est tout à fait normal ; mais ils ne sont pas toujours préparés à comprendre la réalité locale. Très peu arrivent à faire l’effort d’ajuster les connaissances acquises à l’extérieur à la réalité haïtienne. Nous conviendrons que le système actuel n’exige pas cela non plus, au contraire ! Ainsi, il naît une certaine impatience et une frustration qui réduisent l’efficacité de ceux qui pensent que les choses ici devraient fonctionner comme ils ont vu cela se faire outre-mer. Ce dernier aspect a atteint un niveau caricatural de nos jours.

L’administration haïtienne est marquée d’une incohérence pratique. Les critères de choix et d’action correspondent très peu aux nécessités de la réalité locale. Il y a une absence totale de pragmatisme chez les cadres; lequel pragmatisme exigerait de considérer ce qui est fait, de corriger quand il y a lieu et de continuer. De préférence, l’administration du pays est écartelée entre les courants d’inspirations diverses venus de différents pays étrangers. Nous sommes à un point où nous devons nous dire qu’il est temps de redéfinir les institutions haïtiennes et concevoir un système cohérent qui correspondra à nos aspirations et répondra à nos besoins. Cette nouvelle vision d’ensemble sera un avantage tant pour ceux qui ont été préparés dans les écoles à l’étranger que pour ceux qui, en dépit de certaines lacunes, ont acquis de l’expérience sur le tas. Il y a certainement des acquis qu’il ne faudra pas effacer du revers de la main, par une volonté de repartir à zéro. Il faut continuer vers l’avant et non reculer. L’harmonie du prochain système sera le produit entre un mélange équilibré des expériences passées et une sensibilité pour la création du devenir. Il est certain que la fonction publique devra se moderniser, mais la modernité ne sera pas visée en tant que finalité. Nous devons opter pour des moyens modernes afin d’assurer au pays son indépendance, à notre société une démocratie et le bien-être à notre peuple. La priorité des priorités sera donc l’union pour le progrès et à cette tâche exaltante, tout citoyen conscient qui place le pays au-dessus de son intérêt personnel doit être convié à prendre part.

En fait, il faut sortir le pays de l’arbitraire. Et il faut également établir une administration avec des normes démocratiques. Les décisions ne seront plus adoptées d’après une suite de préjugés et de parti pris. Les procédures administratives remplaceront les improvisations et il existera des standards pour évaluer les efforts des fonctionnaires, en fonction de principes articulés sur un système rationnel et cohérent.

LES INSTITUTIONS FÉDÉRALES

Le principal rôle du gouvernement fédéral sera d’organiser le pays, d’inciter le développement des activités civiles et de participer à la production des richesses et des biens nécessaires à la collectivité haïtienne. Il aura également à veiller à ce que les droits de l’individu soient respectés, à assurer la protection du territoire national et à maintenir des relations avec l’étranger dans l’intérêt de la communauté, l’épanouissement et le respect de la dignité du peuple haïtien.

L’administration fédérale pourra être composée d’une douzaine de ministères fédéraux présentés dans la liste suivante :

1- Le Ministère du Progrès Economique et des Ressources Humaines.
(Emploi, Condition de la famille et de l’enfance, Education permanente, Niveau de vie, SOGESSE, COTAM, PAM, Bien-être Social, OFATMA, ONA, Assurances, Travail Participatif).
2- Le ministère de l’éducation et de la Culture.
(Sport, Jeunesse, Loisirs, Programme de travail pour jeunes, CFP).
3- Le Ministère de la Santé et de la Population.
(Alimentation, Sanitaire, GNEU, ICP).
4- Le Ministère de la Justice.
5- Le Ministère de l’Equipement et de l’Aménagement.
(Energie, Logement, Transport, Télécommunications, Construction, Aménagement, IREE, SOGI, IRT).
6 - Le Ministère de la Production.
(Agriculture, Elevage, Pêche, Artisanat, Industrie, Mines, CAP)
7- Le Ministère du Commerce.
(Exportation, Importation, Commerce Intérieur, ICQ).
8- Le Ministère de l’Intérieur.
(Sécurité, Police, SAD, SAC, DAR)
9- Le Ministère de la Défense.
10- Le Ministère des Relations Extérieures et Religieuses. .
(Immigration, Emigration, Tourisme, Maisons Haïtiennes à l’extérieur, Coopération, ONG).
11- Le Ministère de l’Economie et des Finances.
(Budget, Trésor, Banque Fédérale, Direction des Douanes, Postes, DIGIT)
12- Le Ministère de la Présidence.
(Coordination et Information, Documentation, DORGE, DRA)

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SOGESE : Société Générale de Service.
COTAM : Compagnie des Travailleurs Mobiles.
CFP : Commissariat à la Fête Populaire.
BNEU : Bureau National des Etats d’Urgences.
PAM : Programme anti-misère.
ICP : Institut de Contrôle de la Pollution,
IREE : Institut de reforestation et d’Entretien de l’Environnement.
SOGI : Société Générale des Investissements.
IRT : Institut de Recherches Technologiques
CAP : Centre d’Appui à la Production.
ICQ : Institut de Contrôle de la Qualité.
SAD : Service Anti-drogue.
SAC : Service Anti-Contrebande.
DAR : Direction des Affaires Régionales.
ONG : Organisation Non Gouvernementale.
DIGIT : Direction Générale des Impôts et Taxes.
DORGE : Direction d’Ordonnancement Général.
DRA : Direction de la Réforme Administrative


DU MINISTÈRE DU PROGRÈS ÉCONOMIQUE ET DES RESSOURCES HUMAINES

Le Ministère du Progrès Economique et des Ressources Humaines aura la noble tâche de travailler à l’amélioration permanente de la qualité de la vie, telle qu’elle est définie par l’Organisation Mondiale de la Santé. « C’est un mode d’existence résultant des effets combinés de l’ensemble des facteurs dont dépendent la santé, le bonheur (y compris le bien-être dans le milieu physique et un métier satisfaisant) l’éducation, la réussite sociale et les acquis de l’esprit, la liberté d’action, la justice, l’absence de toutes oppressions ».

De ce Ministère relèvera la Direction de l’Emploi et du Travail. Il y a beaucoup à faire dans le pays pour améliorer les conditions de travail et d’emploi. Nous avons près de deux millions de personnes qui espèrent qu’après le 7 février, elles jouiront du droit au travail. Le fait d’adopter le système de décentralisation fédérative va permettre la création immédiate d’un nombre important d’emplois dans toutes les régions du pays. Cependant, la Direction de l’Emploi et du Travail doit veiller à ce que ces emplois assurent aux travailleurs des revenus capables de leur donner un niveau de vie décent. Il faut un changement quantitatif mais également qualitatif dans les conditions de travail et de l’emploi dans le pays. Cette Direction aura, entres autres responsabilités, celle d’aider chaque région à fixer un salaire minimum qui garantisse aux salariés le droit à une alimentation quotidienne, à un logement décent, à l’éducation de leurs enfants et à une assistance médicale adéquate le cas échéant.

On dit qu’on reconnaît la valeur d’une société par son comportement vis-à-vis des enfants, des jeunes et des vieillards. Nous avons un problème dans notre société auquel il nous faudra trouver une solution rapide. Il est apparent que nos rues sont bondées d’enfants. Ils sont en guenilles et sans abris, livrés à eux-mêmes, à la merci des flots et des vents. Ils seront privés de tout et même d’un avenir, si la collectivité n’intervient pour leur en garantir un. Ce sont tous des enfants qui ont la même origine: la misère et ils attendent que nous leur tendions la main. Leur sort ne laissera pas l’Etat indifférent ou du moins le nouvel Etat Social. La Renaissance se fera pour eux également et ils auront leur place dans une société plus juste. Il existera un Programme Anti-misère pour secourir les enfants abandonnés et les vieillards sans secours. Ce programme sera lancé par le Ministère des Ressources Humaines et du Progrès Economique et Social, en collaboration avec des Organismes religieux. Dans les zones de repeuplement, de jeunes couples recevront l’aide de l’Etat pour construire une maison et une unité de production agro artisanale et ces couples recevront des enfants dont ils deviendront les parrains et marraines. Ces enfants seront éduqués jusqu'à l’âge où ils pourront apprendre un métier et vivre de leurs propres moyens. Le même procédé sera adopté en ce qui concerne les vieillards à qui on apprendra un petit métier, comme la préparation du fromage ou de la liqueur, ce qui leur permettra de se rendre utile dans leur nouvelle famille. Ceux que la maladie, l’infirmité ou un trop grand âge ne permettraient pas de rejoindre ces cadres familiaux seront reçus dans des hospices ou tout autre lieu qui sera tenu pour eux.

Afin que le système fédéral puisse offrir une certaine cohérence, le Ministère des Ressources Humaines et du progrès économique et social publiera, pour toute la fédération, le calendrier annuel et l’horaire des activités publiques journalières.

L’Administration gouvernementale travaillera dans une journée de deux temps : 8 -12 A.M. et 2 – 6 P.M. soit 8 heures/jour, du lundi au vendredi.
La journée dans le transport public sera de 6 heures : 6 – 12 P.M. ou 12- 6 P.M. ou encore 6 – 12 A.M. du lundi au samedi.
La journée dans le secteur commercial sera de 6 heures également : 7 A.M. - 01 P.M. ou 3 -10 P.M. du lundi au samedi.
Les temps légaux dans les entreprises de production seront de longueurs inégales :
Journée de 8 heures : 7 – 12 A.M. et 1 – 4 P.M.
Journée de 5 heures : 4 - 9 P.M., 9P.M. – 2 A.M. ou encore 2 A.M. – 7 A.M.
Les écoles fonctionneront en deux périodes : 7 A.M. – 1P.M et 4 P.M. -10 P.M.

Les régions établiront l’horaire pour les autres activités en fonction de leur réalité spécifique. Ce calendrier est établi sur des critères de coordination et il devra permettre la circulation de la population, créer une interaction entre les différents segments de la population active et permettre aux jeunes de travailler tout en allant à l’école.

La Société Générale des Services (SOGESE) relèvera du Ministère des Ressources Humaines et du Progrès Economique. Ce sera une société mixte à participation salariale, c'est-à-dire que dans une telle entreprise, une partie des droits de propriété de l’entreprise appartiendra aux salariés. L’action de la SOGESE se situera au niveau des villages où elle organisera des micros entreprises individuelles de service. Elle lancera un programme « Bon Départ » qui offrira des opportunités à des jeunes animés de l’esprit d’entreprise. Ces jeunes, avec l’aide de la SOGESE, recevront une formation en gestion de micro entreprise et ils s’établiront ensuite dans les villages où la SOGESE leur assurera un revenu de base en leur fournissant des contrats avec l’Etat, tels que :
Service Postal et Télégramme.
Programme de formation pour adulte appliquée à la production.
Programme de formation permanente des cadres du village.
Vulgarisation technique en matière d’hygiène, de santé, d’environnement, d’alimentation, d’activités sportives et culturelles etc.…

L’unité de la SOGESE pourra utiliser des moyens audio-visuels dans ce genre d’activité.

Chaque sociétaire de la SOGESE devra faire un effort d’imagination pour multiplier ses services aux membres du village. Et il trouvera pour y arriver l’aide constante de la maison mère, qui prendra en charge sa formation permanente, le fera participer à des séminaires et à des colloques d’échanges d’expériences. Les services que pourront offrir les petites unités villageoises de la SOGESE seront innombrables : tels que projection cinématographique, publicité, service de photographie etc.… La SOGESE sera une pépinière d’entrepreneurs. Après un ou deux ans dans le village, les membres des unités seront encouragés, en fonction de leur formation et de leur orientation, à participer à une entreprise plus importante par un autre organisme de l’Etat

LE MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION ET DE LA CULTURE
Le Ministère de l’Education et de la Culture aura la responsabilité d’organiser l’éducation à l’échelle du pays. Il sera compétent pour les affaires culturelles, sportives, de loisirs, d’emploi pour jeunes et d’organisation de fête populaire à titre d’animateur privilégié. Il est du ressort du Ministère Fédéral de l’Education de publier un code scolaire pour définir l’éducation nationale et normaliser la profession d’enseignant. Néanmoins, pour préserver la libre compétition entre les régions, ces derniers garderont le droit de définir le contenu de leur programme éducatif selon des standards d’équivalence établis dans le code scolaire.

Notre collectivité vit une époque de son histoire où elle doit assumer la responsabilité de redéfinir le bien, le vrai, le beau. Nous vivons une époque de confusion dangereuse. Il nous faut des certitudes. Donc, il s’agit pour nous de trouver un système de référence solide qui pourra nous redonner la foi en l’avenir. L’éducation devra finalement permettre à l’individu d’améliorer sa vision du monde, d’être en mesure demain de travailler pour obtenir les meilleures conditions possibles à l’épanouissement de sa vie. L’éducation devra également préparer l’individu à devenir un élément coopératif susceptible d’aider au développement de sa communauté et de l’humain.

Pour répondre à nos besoins de développement, le schéma de la formation classique inclura un nombre important de niveaux d’études qui permettront aux planificateurs de compter sur des segments de population scolarisée pouvant recevoir certains types de formation sur une période plus ou moins courte.

Le schéma de la formation classique sera à six (6) niveaux et d’une durée d’au moins vingt et une (21) années.

(2 années) - Jardin d’enfants.
(5 années) - Ecole primaire.
(3 années) - Ecole élémentaire.
(3 années) - Ecole moyenne.
(2 années) - Collège
(6 années) - Université.

Ce schéma de l’école classique sera compatible avec la formation technique. Celui qui se destine à une formation technique pourra, après le niveau élémentaire, rentrer dans une école moyenne des Arts et Métiers et commencer une formation technique. Les cinq années d’étude dans une telle école conduiront au grade d’ouvrier spécialisé. Il ou elle pourra poursuivre ses études à l’école polytechnique pour l’obtention, après deux années, du grade de technicien licencié, deux autres l’amèneront au grade supérieur de Maîtrise technique; en dernier lieu il y aura le grade de Docteur ès sciences dont les pré requis varieront avec le métier. Le postulant à un diplôme technique pourra également, après l’école moyenne classique, faire le collège technique et entrer à l’école polytechnique pour l’obtention des grades successifs.

Dans le système de formation classique, après le collège, l’université préparera les étudiants à la licence ès Art, Maîtrise ès Art et au Doctorat ès Art, à peu près dans le même temps qu’à l’école polytechnique.

Le transfert du système en cours au nouveau système se fera à plusieurs niveaux, et, après cinq ans, seul le nouveau système sera en usage. De l’ancien système, on pourra passer de la classe de huitième à l’école élémentaire du nouveau système; de la classe de cinquième à l’école moyenne, ou à l’école des Arts et Métiers; de la classe de rhéto à la première année de collège classique. Mais, on passera, indifféremment, de la rhéto ou de la philo à la première année de collège technique. Les cours reçus dans l’ancien système universitaire seront interprétés en crédits pour faciliter une équivalence par nombre de crédits aux différents grades du nouveau système. L’entrée à l’école polytechnique à un niveau supérieur à la première année sera rendue possible également par crédits d’équivalence et des tests techniques.

Le Ministère fédéral aura la responsabilité de mettre au point un système de recyclage permanent du personnel du corps enseignant. Il envisagera de remplacer, à long terme, le matériel pédagogique importé par un matériel pédagogique indigène, produit par le corps enseignant et financé par l’Etat.

Traditionnellement, l’Etat Haïtien avait donné, de la base jusqu'à l’université, une éducation complètement gratuite à une minorité, et la grande masse des enfants n’avait pas eu droit même à une formation scolaire de niveau primaire. Cette masse constitue aujourd’hui cette grande partie de la population qui est analphabète. Il y aura un changement radical par rapport à cet injuste procédé adopté dans le passé.

Considérant que l’Etat Haïtien n’a pas les moyens financiers de rendre l’éducation gratuite pour toute la population scolaire, il choisira d’étendre à tous les enfants du pays une formation scolaire jusqu’au niveau de l’école élémentaire. De son coté, la commune prendra à charge le jardin d’enfants, et l’école primaire et élémentaire fonctionneront à la charge de la fédération. Ensuite, les écoles localisées dans les quartiers économiquement faibles seront équipées de réfectoires, lesquels serviront un repas chaud aux enfants tous les jours. Les établissements scolaires serviront le soir de centre d’alphabétisation permanente pour adultes. Les centres seront placés sous la responsabilité d’institutions religieuses, de jeunes, de femmes ou de toute autre association civile engagée dans l’alphabétisation des adultes. La qualification de ces institutions sera contrôlée par le Ministère Fédéral qui leur fournira un encadrement technique et une subvention financière. Des élèves de la formation classique, à partir de l’école moyenne, pourront solliciter des bourses d’étude de l’Etat. Cette bourse sera financée par l’Etat, mais en contrepartie le boursier devra fournir un quota de travail à un centre d’alphabétisation. La demande de bourse devra être accompagnée d’un certificat de formation, comme moniteur en alphabétisation, délivré par une institution engagée dans l’alphabétisation des masses et dûment reconnu par l’Etat. Les bourses accordées par le Ministère, aux élèves, seront d’une valeur capable, au-delà des frais scolaires, de couvrir les besoins de l’élève en général

Le Ministère fournira des bourses également aux élèves des écoles des Arts et métiers. De même, ces boursiers auront à fournir en retour un quota de travail comme apprenti à un atelier de métier ou comme porteur de courrier dans un service de l’Etat, comme la poste, la douane, la Teleco etc.… Les ateliers de métier seront des annexes des Ecoles des Arts et Métiers. Ils seront organisés avec l’aide de pays étrangers sur une base de coopération intitulée « Coopération du troisième âge ». Ce programme implique que l’Etat Haïtien sollicitera de certains pays avancés d’encourager la venue en Haïti d’hommes de métier à la retraite qui pourront, sur une base de rémunération partielle, offrir un encadrement technique aux ateliers de métiers. Et ils pourront également participer à la formation des ouvriers spécialisés dans les écoles des Arts et Métiers.

L’Etat garantira aux directeurs d’école déjà établie, et aux associations de professeurs un financement sur un terme de vingt cinq années (25) et à un taux très bas pour les encourager à rénover et à ouvrir des établissements scolaires pour le niveau moyen, collège, et universitaire. Les écoles de ce niveau seront soumises à l’impôt sur le revenu comme toute autre entreprise. Cela permettra d’éviter la création de superprofit dans ce secteur au détriment de la qualité de l’enseignement. Néanmoins, les recettes obtenues d’une école sur la base d’impôt, seront retournées à cette école en paiement de l’écolage des boursiers de l’Etat. Tout établissement scolaire devra participer à l’équipement de la bibliothèque de sa commune. Cette participation se traduira financièrement par une contribution mensuelle et par élève que chaque établissement scolaire versera à la caisse de la bibliothèque de sa commune. En retour, les directeurs des établissements scolaires constitueront les deux tiers (2/3) des voix de l’assemblée générale et la commune l’autre tiers (1/3) de l’assemblée générale qui élira le conseil d’administration qui gèrera la bibliothèque communale. En dehors des livres et des salles de lecture, chaque bibliothèque sera équipée d’une collection de disques et de bandes sonores et d’une salle d’audition.

Le Ministère fédéral de l’éducation réquisitionnera les bâtiments qui logent les prisons au milieu de certaines villes. Ils seront désaffectés et transformés en maison de jeunes. Ces bâtiments rénovés accueilleront les centres d’animations culturelles, sportives et la bibliothèque communale.

La direction sportive du ministère encouragera et facilitera la vulgarisation des activités sportives à l’échelle du pays. Le secteur privé sera invité à créer des centres olympiques dans les capitales régionales. Les échanges culturels et sportifs entre les régions et avec l’extérieur resteront du ressort du comité olympique fédéral, lequel sera une institution autonome. Et ces échanges seront accélérés avec la République Dominicaine et d’autres membres de la communauté caraïbéenne.

Comme l’éducation en général, l’enseignement supérieur sera planifié dans l’objectif d’accélérer le progrès de la collectivité et de répondre à nos aspirations démocratiques. L’un des problèmes qu’il y aura à résoudre d’urgence sera la distorsion qui existe entre les offres de travail sur le marché, leur exigence de qualification et l’éducation dispensée dans les établissements d’études supérieures. Pour combler cette lacune, source de frustrations de toutes sortes, le secteur public arrivera à une coordination avec le secteur privé, et ensemble ils pourront offrir un système de formation classique et technique de qualité, qui convergera vers la satisfaction immédiate des offres d’emplois des secteurs d’activité du pays. Le contenu de cette éducation devra non seulement munir l’étudiant d’une capacité pratique, mais elle devra aussi valoriser l’individu à l’échelle de son monde et de sa culture.
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L’Université d’Etat d’Haïti deviendra autonome et sera aménagé dans un site de la région de Mirebalais. Les bâtiments qui actuellement logent les facultés de Port-au-Prince serviront à recevoir des collèges du cinquième cycle. Les locaux des casernes de la base Hamilton Killick à Bizoton seront également réaménagés afin de recevoir l’Ecole Polytechnique Autonome d’Haïti. Cette école polytechnique dispensera des cours supérieurs de technologie appliquée. Elle assurera aussi la formation d’étudiants en police et investigation jusqu’au niveau de brevet d’officier, dans un cycle de trois années.

S’il faut souhaiter une Haïti de demain démocratique et fière, il faudra montrer une volonté profonde de changer l’orientation de l’éducation des cadres qui auront à gérer les institutions démocratiques. Il n’y a pas à avoir peur de l’avenir, nous pouvons l’inventer à partir de nos aspirations d’aujourd’hui.

A SUIVRE : DU MINISTÈRE DE LA SANTÉ ET DE LA POPULATION

II- LES STRUCTURES FÉDÉRATIVES


Construisons Ensemble un État Démocratique, Moderne et Prospère

Par Paul G. Magloire
Décembre, 1986
(PAGES RETROUVÉES II)



EN GUISE D’AVANT PROPOS.- (09/09/09)

(AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD-2!)

Nous encourageons nos lecteurs de continuer à nous envoyer leurs remarques et suggestions. Cependant, nous ne sommes pas en mesure de répondre à chacun de vous individuellement. Nous chercherons, quand il y a lieu, à répondre aux questions qui ne sont pas couvertes par le texte originel de 1986. Nous vous saurons gré de comprendre que ce texte a été rédigé dans un environnement sociopolitique très différent, et cherchait à articuler les revendications de l’heure. Le pays venait de vivre 29 années de dictature pendant lesquelles la population était privée du droit d’expression minimum, et d’aspiration au bien-être. Dans les zones rurales une grande misère se répandait et les bidonvilles se remplissaient. Le peuple avait le sentiment d’être abandonné à son sort et le désespoir portait les gens de tout âge, hommes et femmes à prendre la mer en masse, même au risque de se noyer ou de se faire dépecer par les requins. Ils voulaient un changement, un pouvoir décentralisé qui ne serait pas concentré dans la république de Port-au-Prince. Ils voulaient voir la fin d’un régime terroriste qui ne donnait aucune valeur à la vie humaine et était prêt à tout pour garder le pouvoir et ses privilèges. Il voulait un état responsable, protégeant la vie et les biens et établissant un environnement économique et politique favorable à la création d’emplois afin de permettre à chaque citoyen de gagner sa vie dans la dignité. Il voulait d’un gouvernement qui ne les obligerait pas à vendre leur conscience afin de trouver quelques sous pour se nourrir dans la journée. Mais depuis, nos dirigeants soit n’ont pas été capables de répondre à ces revendications ou ont choisi tout bonnement d’ignorer leur existence. Car, quand on regarde l’état des choses aujourd’hui on aurait peine à croire qu’il y a eu le 7 février 1986. La majorité de la population végète dans une misère tellement abjecte qu’on peine à trouver un signe d’amélioration par rapport à la situation d’il ya vingt ans. Tout au contraire, la situation s’empire et pourrait atteindre bientôt, au rythme où vont les choses, le seuil de l’intenable.

En 1987, la Constitution avait été adoptée. Nous croyions à l’époque et continuons de croire encore que si certaines de ces propositions avaient été adoptées, un cadre démocratique bien meilleur et plus efficient aurait été établi dans le pays.

II- LES STRUCTURES FÉDÉRATIVES

La Constitution pourra entériner un système de démocratie fédérative. Dans ce système, il existera trois niveaux de pouvoir : fédéral, régional et local. Les pouvoirs réservés au gouvernement fédéral ou national seront très importants. Il aura le droit de faire la guerre, de nommer les ambassadeurs, de signer des traités, de lever des taxes, d’emprunter de l’argent, d’émettre de la monnaie et de régulariser leur valeur, de régler le commerce entre les régions, (de distribuer l’électricité qui était techniquement à l’époque un monopole naturel) et de maintenir le système postal. Tous les autres pouvoirs seront détenus par les gouvernements régionaux et ceux des communes.

GOUVERNEMENT FÉDÉRAL

Le gouvernement fédéral sera composé de quatre pouvoirs : le Législatif, l’Exécutif, le Judiciaire et l’autorité de Supervision.

Le Pouvoir Législatif sera constitué par la chambre fédérale des Députés siégeant à Port-au-Prince. La durée du mandat des députés sera de quatre ans et le Député jouira de l’immunité parlementaire durant toute la durée de son mandat. La chambre fédérale aura le pouvoir de voter des lois, de ratifier les accords et les traités avec l’étranger. Elle aura également le pouvoir d’enquêter sur les activités du gouvernement et d’interpeller les membres du gouvernement sur des aspects de leur gestion, quand elle jugera cela nécessaire. (Il était prévu un système avec une chambre unique. Car, il fallait faire l’économie de la chambre du Senat pour payer les coûts du pouvoir de Supervision.)

Le président sera le premier responsable de l’Exécutif et le chef supérieur des forces armées d’Haïti. Il sera assisté dans ses attributions par un Vice-président. (Ce système ne prévoyait pas de Premier Ministre. La stabilité du pouvoir Exécutif reposait sur un Vice-président qui pouvait remplacer le Président en cas d’incapacité, pour une raison ou pour une autre.) Le Vice-président sera, de fait, le président de la Chambre Fédérale des Députés. Le président sera élu pour un mandat de cinq ans non renouvelable. En cas de décès, de démission ou de destitution, le président sera remplacé automatiquement par le Vice-président qui portera le mandat à son terme et un autre Vice-président sera élu par la Chambre des Députés. Le Président fera appliquer les lois et dirigera un cabinet ministériel composé de ministres et de secrétaires d’Etat. La moitié des membres du cabinet ministériel sera choisie par l’Exécutif parmi les députés de la Chambre et l’autre moitié sera à l’entière discrétion du président de la Nation. Cependant, les autres membres du cabinet ministériel ainsi que les directeurs de l’administration publique seront soumis à un vote d’approbation de la Chambre Fédérale. Le président de l’Exécutif, une fois élu, aura le droit de nommer les ambassadeurs dans la limite des deux tiers de l’effectif des postes. La nomination de l’autre tiers sera réservée à la Chambre Fédérale sur recommandation de l’Exécutif.

Le Pouvoir Judiciaire sera assuré par trois cours de justice : la Cour d’Assise, la Cour d’Appel et une Haute Cour de Justice. La fonction de juge sera élective. Elle ne pourra être rendue vacante que dans le cas exceptionnel de décès, de démission ou de destitution. La destitution d’un juge ne sera obtenue que par l’organe législatif de sa juridiction et uniquement dans les cas qui seront prévus par la loi. Les juges auront le pouvoir d’appliquer la justice et d’interpréter la loi. La plus haute instance judiciaire du pays sera la Haute Cour de Justice. Chaque région aura le privilège d’élire un grand juge qui recevra le vote de la chambre fédérale pour devenir membre de la Haute Cour de Justice. De son côté, la Haute Cour de Justice élira parmi ses membres, un président, un secrétaire et un rapporteur. Seule la Haute Cour de Justice pourra interpréter la constitution et accorder à la Chambre Fédérale un permis pour présenter une proposition d’amendement. Toute décision adoptée par la Haute Cour de Justice sera sans appel. De même, toute loi votée par la Chambre Fédérale pourra être déclarée illégale par la Haute Cour de Justice, si celle-ci juge que cette loi s’oppose à un principe fondamental de la constitution.

Une autorité de Supervision sera attribuée par la constitution à un conseil formé des gouverneurs des différentes régions du pays. L’Autorité de Supervision pourra approuver et faire des recommandations sur les lois. Dans le cas, par exemple où une proposition de destitution du président sera formulée par la Chambre Fédérale, il sera réservé à l’Autorité de Supervision de convoquer le Conseil Supérieur de la Fédération qui lui-même pourra statuer sur la décision à adopter, entendre la plainte et la défense, rendre le verdict. Le Conseil Supérieur de la Fédération sera une instance judiciaire temporaire, composée de la majorité simple des membres des corps suivants : la Chambre Fédérale, la Haute Cour de Justice et l’Autorité de supervision. Le Conseil Supérieur de la Fédération sera également la seule instance qui pourra voter un amendement constitutionnel. Cependant, tout amendement devra ensuite être entériné par les trois autres pouvoirs séparément et être ratifié par référendum national. Quand le Conseil Supérieur de la Fédération sera convoqué, il ne pourra statuer que sur le cas pour lequel il a été convoqué.

Le mécanisme de fonctionnement des quatre pouvoirs se fera de façon à créer un équilibre et une vérification continue entre les pouvoirs. Ainsi, les types de votes obtenus à la Chambre sur une loi auront une grande importance sur son temps de mise en application. Il y aura les votes ordinaires qui obtiendront la majorité simple, les votes de soutien qui impliqueront une majorité de deux tiers et les votes exceptionnels pour une majorité supérieure à 80%. Les lois votées à la Chambre Fédérale seront envoyées à l’Autorité de Supervision pour approbation. L’Autorité de Supervision aura un délai pour approuver les lois. Dans le cas des lois qui auront obtenu un vote ordinaire à la chambre, le délai sera de quinze jours. L’Autorité de Supervision peut retourner la loi à la Chambre avec des recommandations. Cela obligera la Chambre à tenir compte de ces recommandations ou à obtenir un vote exceptionnel contre ces recommandations. Les lois seront ensuite envoyées à l’Exécutif qui pourra signer une loi, ne pas la signer ou la rejeter dans les mêmes délais prévus précédemment. Une loi qui n’est pas signée par l’Exécutif pourra obtenir plein effet si elle est approuvée par un vote exceptionnel à la Chambre Fédérale. Cependant, une loi qui est rejetée par l’Exécutif ne pourra prendre effet qu’en obtenant l’approbation du Conseil Supérieur de la Fédération.

GOUVERNEMENT RÉGIONAL

Dans le système fédéral de gouvernement, la constitution pourra prévoir que tout ce qui n'est pas interdit par les lois fédérales sera possible à la Région. Dans certains cas, la Région devra soumettre à un vote de la Chambre Fédérale certaines de ses décisions, comme en ce qui a trait à des demandes de crédits ou d’emprunts à l’extérieur. Une Région peut voter ses propres lois en matière civile, criminelle et administrative. Il sera également permis à la Région de contrôler l’éducation, d’établir des réglementations pour les entreprises dans sa juridiction, d’avoir un service de police affecté à la protection civile et au renforcement des lois. Néanmoins, les juges de la juridiction régionale relèveront de la compétence du pouvoir fédéral. Le gouvernement régional sera composé de trois pouvoirs : le Législatif, l’Exécutif et l’Autorité de Supervision Régionale.

Les membres du Législatif seront des délégués élus par les communes d’une juridiction pour former une Assemblée Régionale Législative. L’Assemblée Régionale Législative votera des lois qui affecteront la juridiction régionale. Mais les lois fédérales auront la préséance sur les lois régionales quand elles sont contradictoires. Les membres des assemblées régionales seront élus tous les trois ans.

Au niveau régional, le gouverneur sera le premier responsable de l’Exécutif. Il sera élu pour un mandat de quatre ans et le gouverneur est rééligible à son poste pour deux mandats consécutifs. Il sera assisté dans ses fonctions par un Cabinet d’Intendance. La moitié au moins des membres du Cabinet d’Intendance sera choisie parmi les délégués de l’Assemblée Régionale. Les intendants auront la responsabilité d’un ou de plusieurs départements d’affaires du gouvernement régional. La police sera placée sous la direction d’un brigadier général. Le gouverneur fera appliquer la loi, nommera et révoquera les fonctionnaires de l’administration régionale. Il aura, de plus, un droit de supervision sur les agences fédérales ou tout autre organisme en activité dans sa juridiction.
L’Autorité de Supervision Régionale sera formée de l’ensemble des maires de la juridiction régionale. Ils constitueront un conseil qui fonctionnera de façon similaire à l’Autorité de Supervision Fédérale ou bien selon les lois d’une région.

LE GOUVERNEMENT LOCAL

Il existera trois types de pouvoirs au niveau de la commune : le Législatif, l’Exécutif et le Pouvoir de Supervision. L’assemblée communale sera l’instance législative de la commune. Elle pourra voter les lois et règlements de la juridiction communale. Les lois fédérales et régionales auront la préséance sur celles de la commune quand elles leur sont contraires. Les membres de l’assemblée communale seront délégués par les sections communales pour une durée de deux ans. (Dans ce système, moins coûteux, la mairie serait le premier palier du gouvernement local.)

Le maire serait le responsable du gouvernement local. Il serait élu pour une durée de trois ans et la fonction de maire est rééligible indéfiniment. Le maire fait appliquer la loi, nomme et révoque les fonctionnaires communaux. Il nomme un commissaire de police comme chef de la police montée de la commune. Il aura également un droit de contrôle sur les agences fédérales en activité dans la juridiction. Le maire est assisté dans ses fonctions par le Cabinet des Assesseurs Communaux. La moitié des membres de ce cabinet sera choisie parmi les membres de l’assemblée communale. La juridiction communale sera divisée en sections communales. Le maire nommera un Contrôleur Général dans chaque section communale. Le contrôleur communal dirigera l’administration de la section qui pourra inclure un bureau de police, un officier de justice, un officier d’état civil, un bureau de l’impôt et du domaine, un bureau de la fédération des coopératives et dans certains cas, des agences régionales et fédérales. Chaque section communale élira deux comités : un comité d’adultes et un comité de jeunes. Les deux comités constitueront l’Assemblée de Supervision de la section communale. Cette assemblée aura pour rôle principal de délibérer avec le contrôleur général, une fois par semaine au moins, sur tout ce qui concerne la Section. L’Assemblée aura également le pouvoir de voter le rappel du contrôleur général par la commune ou de n’importe quel membre de l’administration de la Section. Une décision de l’Assemblée de Supervision de la Section ne pourra être révoquée que par référendum des membres de la Section.

LE PROCESSUS ELECTORAL

Nous devons nous faire l’exigence de moderniser notre système électoral. Tel qu’il a existé et existe encore, il est sujet à la fraude et aux abus qui expliquent que, jusqu'à présent, nos élections ont toujours été des farces organisées par l’administration en place.

Nous pouvons envisager la création d’un Institut Fédéral des Elections (IFE). Cet Institut sera compétent pour toutes les élections et référendums officiels devant se dérouler sur le territoire national. Et, compte tenu du coût de matériel dont il sera équipé, l’IFE pourra louer ses services à d’autres institutions publiques et privées pour des activités d’enquête, d’identification, de recensement etc. L’IFE s’occupera d’enregistrer les citoyens en âge de voter dans chaque juridiction, dans le cahier électoral de la juridiction. Les citoyens haïtiens vivant à l’étranger pourront se faire enregistrer dans les consulats haïtiens, sur un cahier électoral d’une juridiction à l’intérieur du pays. Mais ils auront aussi la possibilité d’élire des représentants de la diaspora au niveau fédéral. Une carte d’identification électorale sera délivrée à tout citoyen inscrit sur une liste électorale Le citoyen qui se déplacerait d’une juridiction électorale à une autre devrait se faire enregistrer sur le cahier électoral de son nouveau lieu de résidence dans un délai donné avant tout vote. Ceci sera très important pour mettre au point certains mécanismes de surveillance contre la fraude et les abus de toutes sortes. Il y a également la possibilité de remplacer le système de bulletin par un enregistrement presse-bouton, discret, automatisé et rapide, grâce à l’utilisation d’un petit équipement informatique.

Il pourrait exister trois types de candidats à une fonction élective : le candidat à un poste juridique, le candidat qui figure sur la liste d’un parti politique et celui qui est indépendant. Tout candidat devra, avant les élections au poste qu’il ou elle convoite, s’inscrire sur le cahier électoral de l’Office de l’IFE de la juridiction concernée. L’acte de candidature prendra effet quand un bureau de l’IFE aura remis au candidat, dans un délai prévu par la loi, un récépissé de candidature. La loi électorale devra prévoir les qualifications nécessaires à chaque fonction élective et le recours auquel aura droit le candidat, en cas de refus d’enregistrement ou d’un litige quelconque avec l’Institut Fédéral des Elections. Néanmoins, l’IFE restera l’unique organisme à avoir un droit de pénalisation contre un candidat durant une course électorale en matière politique. Pour assurer de façon raisonnable le droit de la majorité et la représentativité des minorités, il sera exigé des partis politiques, comme des candidats indépendants, qu'ils définissent leurs objectifs politiques. Ainsi, on veut croire que des questions intéressant des minorités seront défendues par des candidats indépendants. Comme, par exemple, les questions ayant trait à la condition féminine, à l’enfance, à l’environnement etc.

1-LES ELECTIONS LOCALES

Les membres de l’assemblée de la Section Communale seront élus pour un mandat d’une année et seront rééligibles indéfiniment au suffrage universel des citoyens de la juridiction. Un candidat à l’Assemblée Communale sera élu par les membres de l’assemblée d’une Section Communale pour un mandat de deux ans. Dans les zones rurales, l’élection du maire se fera en deux étapes. Dans la première, l’assemblée communale fera un vote d’approbation. Il faudra à un candidat à la mairie l’obtention d’un tiers au moins des voix de l’assemblée communale pour accéder à la seconde étape. Dans la seconde étape, les assemblées des sections éliront les candidats à la mairie dont le récipiendaire sera celui qui emportera le plus de Sections Communales. En cas d’ex-æquo l’Assemblée Communale procédera à un vote définitif.

Les capitales auront un statut juridique différent. La commune dans une capitale sera divisée en zones pour permettre une politique d’ensemble cohérente définie par une municipalité unique, chaque zone élira un contrôleur général et trois assesseurs au suffrage universel. Les assesseurs constitueront l’assemblée communale. Dans les capitales il y aura également une élection à deux étapes. Lors de la première, l’Assemblée Communale procédera au vote d’approbation. Mais le vote dans la seconde étape se réalisera au suffrage universel. Quant aux juges de la juridiction communale ils seront, dans les deux cas, élus au suffrage universel.

2- LES ELECTIONS RÉGIONALES

Les délégués à une assemblée régionale seront au nombre de trois par commune. Ils seront élus par les Assemblées Communales pour un mandat de trois ans. Un délégué régional pourra se maintenir à l’assemblée régionale en obtenant un vote de prolongation de mandat de son Assemblée Communale originelle, une année au moins avant le terme du mandat en cours.

Les candidats au poste de gouverneur d’une juridiction régionale passeront d’abord par un vote d’approbation de l’Assemblée Régionale. Ensuite, ceux qui auront reçu un minimum de 33% des voix de l’Assemblée Régionale pourront concourir devant les Assemblées des Sections. Il reviendra à l’Assemblée Régionale de faire le vote définitif. Un gouverneur sera élu pour quatre ans et est rééligible pour deux mandats successifs.

Les juges des tribunaux seront élus par l’Assemblée Régionale sur proposition de l’Exécutif.

3- LES ELECTIONS NATIONALES

La chambre législative de la Fédération Haïtienne sera constituée de députés fédéraux dont le nombre ne pourra jamais excéder cent. Afin de prendre en compte le fait que 20% de la population haïtienne vit à l’étranger, l’élection des députés se fera principalement sur un critère démographique (à l’encontre du système d’aujourd’hui qui est géographique). Pour ce faire, l’IFE divisera par cent le nombre de citoyens inscrits sur les cahiers d’enregistrement électoral. Le quotient obtenu représentera le quota minimum de voix qu’il faudra à un député pour être élu, pour encourager, ainsi, qu’aucun vote ne soit négligé. Les partis politiques auront à présenter une liste de candidats à la députation. Le nombre de candidats sur la liste d’un parti ne pourra excéder cent. Le nombre de votes obtenus par la liste d’un parti à une élection, divisé par le quota, déterminera combien de fauteuils ce parti recevra à la chambre. Un candidat à la députation ne pourra appartenir à la fois à la liste d’un parti politique et être enregistré comme un candidat indépendant. De même le nombre de candidats indépendants ne pourra pas excéder la centaine et la priorité sera réservée aux premiers inscrits qui se feront tous au siège central de l’IFE à Port-au-Prince. Un parti politique engagé dans les élections nationales devra être enregistré dans cinq juridictions régionales au moins et un candidat indépendant dans au moins trois. Un candidat indépendant qui n’aura pas obtenu suffisamment de votes pour gagner un fauteuil de député pourra obtenir un complément de voix d’un surplus détenu par un parti, mais deviendra du coup un membre de la liste de ce parti politique. En cas de décès, ou d’autre type d’empêchement dûment reconnu par la loi, il est réservé au parti de présenter à l’IFE le remplacement du député en question. Le nouveau député devra être tiré de la dernière liste électorale du parti.

Les candidats à la présidence devront obtenir le vote d’approbation de la chambre fédérale. Seuls les candidats qui ont obtenu le tiers minimum des voix à cette première élection pourront participer à la course au suffrage universel. De sorte que le nombre des candidats durant les élections présidentielles générales ne sera jamais supérieur à trois. Le président sera donc élu au suffrage universel de tous les citoyens haïtiens qui seront inscrits sur les cahiers électoraux. Dans le cas extrême où aucun candidat n’aura la supériorité des votes sur les deux autres, le Conseil Supérieur de la Fédération procédera à l’élection définitive du président. Le mandat de président de la Nation sera de cinq ans et il ne sera pas rééligible.

Les juges de la Haute Cour de Justice seront élus à deux niveaux. Tout d’abord, deux candidats seront élus par chaque assemblée régionale. Ensuite, à un second niveau, l’Assemblée fédérale Législative élira un des deux candidats de chaque région pour faire partie de la Haute Cour de Justice.

Ce système électoral aura l’avantage de combiner les principes démocratiques à la situation du pays où plus de 80% des Haïtiens en âge de voter ne savent pas lire. Il réduira également les coûts (comparés au système actuel) les risques d’erreurs, d’abus et de fraudes si courants dans le système traditionnel. Il visera à prendre en compte le besoin exprimé par la population d’arriver à un système démocratique équilibré où les pouvoirs pourraient se vérifier et se contrôler les uns les autres. L’un des points les plus importants est que ce système assurera aux citoyens haïtiens qui vivent dans la diaspora les mêmes droits que ceux qui habitent sur le territoire national.


A SUIVRE : RÉFORME DES INSTITUTIONS ADMINISTRATIVES

vendredi 9 janvier 2009

PROSPECTIVES POUR UNE RENAISSANCE HAITIENNE


Construisons Ensemble un État Démocratique, Moderne et Prospère

Par Paul G. Magloire
Décembre, 1986
(PAGES RETROUVÉES I)


EN GUISE D’AVANT PROPOS.- (09/09/09)

Le 29 mars marque un nouvel anniversaire de la Constitution de 1987. Donc, je pense qu’il est approprié de rendre publics des textes que j’avais écrits, en 1986, pour guider ceux qui travaillaient sur la Constitution et ces textes étaient regroupés sous le titre de Prospectives pour une Renaissance Haïtienne.

Comme je l’avais expliqué dans le texte originel, il s’agissait d’une projection raisonnée des conditions dans lesquelles la société haïtienne pourrait se trouver dans un avenir prévisible si on prenait des mesures correctives appropriées. J’avais sollicité différents acteurs de la société haïtienne, tous secteurs confondus, à se mobiliser pour éviter le pire au pays. Mais, malheureusement, c’était prêché dans le désert. J’avais livré ce texte au public sans droits d’auteur, car il était en réalité la synthèse de réflexions venant des grands courants qui dominaient la scène politique à l’époque ; auxquelles j’avais ajouté des éléments de l’expérience allemande, américaine, canadienne, française, suisse, hollandaise, israélienne, brésilienne, camerounaise, chilienne, japonaise, suédoise, chinoise et autres, pour formuler une vision de l’avenir du pays et du peuple haïtien. Seulement une infime partie de cette vision est devenue réalité, après tout ce temps, que grâce à un certain nombre de compatriotes qui ont eu des responsabilités dans le gouvernement. Certains points de ce texte avaient été pris en compte dans la Constitution de 1987, surtout en ce qui concerne la décentralisation. Mais, aujourd’hui encore, si ces principes d’organisation sont mis en œuvre, (il n’est pas encore trop tard) cela pourrait faire avancer le pays sur la voie du progrès et de la modernisation. Ainsi, nous pensons c’est faire œuvre qui vaille en rendant ces textes publics une fois encore.

Dans une entrevue donnée à l’Agence France Presse, le 5 février 2006, le Président Préval avait déclaré que ce serait une révolution d’enlever certains pouvoirs à l’Exécutif et de les transférer aux collectivités. Il a donc la révolution à portée de main. Il s’agirait de faire ce qui suit avant la fin de cette session parlementaire.

Dans le but d’assurer une meilleure gestion de l’espace territorial haïtien, afin de travailler au bien-être de toute la population, et pour constituer une nation haïtienne socialement plus juste et permettre aux citoyens vivant au delà de la capitale d’aspirer à l’amélioration de leurs conditions de vie, en faisant tomber les murs des préjugés séculaires qui infériorisent les gens des provinces par rapport à ceux de la capitale, et ainsi faciliter le développement et la modernisation du pays, et assurer l’emploi à des milliers de jeunes et réduire la misère qui accable la grande majorité de la population, les différents départements géographiques du pays devraient être réorganisés en 3 grandes régions qui seront le Grand-Nord, le Grand-Sud et le Grand-Centre.

Pour accomplir les objectifs susdits, dans le meilleur délai, le Parlement convoqué en Assemblée Nationale par l’Exécutif doit être appelé à reconnaître comme un cas de force majeure que la capitale du pays, le siège du gouvernement, soit établi chaque année, alternativement, dans l’une des trois régions pour, de ce fait, servir à dynamiser la modernisation des dites régions et leur valorisation, selon le vœu et les prescrits de la Constitution. Cette décision radicale en faveur de la décentralisation, accompagnée d’activités productrices et créatrices d’emplois, sera la tâche prioritaire à laquelle devrait s’atteler les autorités pour changer le cours de la situation. Car, on ne pourra pas diminuer la tendance à l’émigration des habitants des provinces vers la capitale ni réduire la misère du peuple sans l’adoption de mesures exceptionnelles visant à diminuer l’écart très large qui existe dans l’échelle des revenus entre les provinces et la capitale; et sans la solution de ces problèmes, on ne peut parvenir à réduire les disparités sociales et régionales ni adopter une quelconque stratégie de développement efficiente et durable. Tout ce qu’on pourra tenter, les petits efforts, ne sera que du saupoudrage, jusqu'à ce qu’il soit trop tard.


T A B L E

INTRODUCTION
Identification des objectifs à atteindre

POUR LA DEMOCRATIE FEDERATIVE
Les structures fédératives ; le gouvernement fédéral ; le gouvernement régional ; le gouvernement local ; le processus électoral ; les élections locales ; les élections régionales ; les élections nationales

REFORME DES INSTITUTIONS ADMINISTRATIVES
Les institutions fédérales ; du Ministère du Progrès Economique et des Ressources Humaines ; du Ministère de l’Education et de la Culture ; du Ministère de la Santé et de la Population ; du Ministère de la Justice; du Ministère de l’Equipement et de l’Aménagement ; du Ministère de la Production ; du Ministère du Commerce ; du Ministère de l’Intérieur ; du Ministère de la Défense ; du Ministère des Relations Extérieures et Religieuses ; du Ministère de l’Economie et des Finances ; du Plan d'Urgence ; du Ministère de la Présidence.

RESTRUCTURATION DE LA COMMUNAUTE RURALE ET URBAINE
Une nouvelle tranche d’histoire ; cent quatre vingt trois ans après ; le cas de Port-au-Prince ; la région de Fort-Liberté ; la région du Cap-Haïtien, des Gonaïves, de Port-de-Paix ; la région de Hinche, de Mirebalais, de la Croix-des-Bouquets ; la région de St. Marc, de Petit-Gôave, de la Gonâve ; la région de Jacmel, de Miragoâne ; la région de Jérémie, des Cayes ; Perspective.




INTRODUCTION

Le 7 février 1986 est une date charnière dans l’histoire de l’évolution de notre société. En effet, il est venu, enfin, le temps du changement. Depuis l’Indépendance, les structures du pays ont favorisé les élites au détriment des grandes masses des populations urbaine et rurale. Les pouvoirs ont été centralisateurs, arbitraires et répressifs, dans le seul but d’assurer la pérennité de l’ordre établi. De plus, la fonction publique a toujours été utilisée comme source de richesses pour les administrateurs de l’Etat, de sorte que le dernier gouvernement, (de Duvalier-1986) en créant une confusion totale entre l’Etat et le gouvernement, a amené le problème à son point culminant.

Il est temps de reconnaître que les institutions actuelles ne sont pas en mesure de répondre aux besoins de notre communauté et aux aspirations de notre peuple. Les revendications du peuple ne sont pas superflues; elles sont légitimes, car les indicateurs économiques et sociaux sont éloquents sur l’état du pays.

En fait, il y a une baisse considérable de la production agricole qui porte le pays à dépendre largement de l’importation pour se nourrir. Sans oublier que le pouvoir d’achat pour 80% de la population est descendu à un niveau dramatique. A côté de cela, le niveau d’alphabétisation est désespérant en milieu rural et le taux de croissance de la scolarisation des masses est insignifiant. Il y a également la dégradation alarmante de notre environnement, car la déforestation générale du pays est accélérée de façon tragique pour répondre aux besoins en combustibles et en bois de construction. Finalement, Port-au-Prince, la capitale, est arrivée à un point de concentration démographique tel que nous pouvons prévoir, dans une échéance très proche, l’éclatement de ce qui reste de son armature urbaine et sa transformation en un immense dépotoir à ciel ouvert. Nous sommes au bord de l’abîme ! Il n’y a pas lieu de continuer à plaisanter. Il faut resserrer les rangs, faire un effort d’imagination et de bonne foi pour redéfinir consciencieusement les institutions du pays et leurs objectifs. Nous devons aller plus loin qu’un simple changement cosmétique et envisager une politique d’ensemble couvrant les secteurs public et privé. Alors, c’est sans tarder qu’il faut entamer le réaménagement du pays et la restructuration de la communauté urbaine et rurale. Toute la gestion du pays doit être repensée.

Le pays ne pourra pas survivre, en tant qu’Etat, sans un compromis entre les différentes forces politiques du pays. Nous savons que les raisons pour se détester et se battre, les uns les autres, sont innombrables; mais, si nous nous donnons la peine de regarder l’état de notre pays, celui de notre peuple, chacun de nous peut trouver une raison pour observer une trêve et travailler ensemble à la Renaissance de la Nation. On n’ira pas à nous prêcher de nous aimer les uns les autres. Cependant, si nous arrivons seulement à nous accepter, nous pouvons arriver à accomplir ensemble les actions bénéfiques dont la patrie a soif.

Dans la conjoncture actuelle, (1986) il est évident que tout est prioritaire. Néanmoins, il faut choisir et définir des objectifs précis et mobiliser toute la population haïtienne pour les atteindre. Nous identifions des objectifs prioritaires à plusieurs niveaux:

I - POLITIQUES
A- FINAL :
Réconcilier les classes sociales du pays et établir une société démocratique avec la participation de la totalité de la population
B- SPÉCIFIQUES :
1- Décentraliser systématiquement le pays et réduire le pouvoir central
2- Mettre en place des structures de protection des droits civils
3- Garantir le respect des droits de la majorité et préserver la représentativité des minorités

II - ÉCONOMIQUES
A- A COURT TERME :
1- Doter le monde rural d’une capacité de survie en lui remboursant la perte de son épargne causée par la destruction du cheptel porcin (Revendication des années 80)
2- Multiplier le nombre des emplois et favoriser le plein emploi pour les jeunes des villes et des campagnes
3- Augmenter la production et la centrer sur l’alimentation et la satisfaction du marché local
4- Mobiliser, exploiter et mettre en valeur les ressources nationales
5- Garantir et faciliter la croissance des investissements
6- Encourager le développement de l’artisanat, des coopératives, des micros entreprises et de l’industrie légère

B- LA GESTION FONCIÈRE :
1- Déplacer le capital des propriétaires terriens non exploitants vers l’industrie par des dédommagements venant de l’Etat
2- Faire des cessions des terres de l’Etat et de celles réquisitionnées des propriétaires non exploitants aux coopératives et aux entreprises d’exploitation agro-industrielle
3- Financer et encadrer les exploitants agricoles
4- Etablir et maintenir le zonage et le cadastre foncier de tout le pays

C- A LONG TERME :
1- Entretenir et moderniser les infrastructures
2- Electrifier les villes et les villages
3- Elargir la part des services dans la production nationale
4- Créer une participation massive des salariés aux profits des entreprises
5- Stimuler la croissance des revenus afin d’augmenter la richesse nationale

III- ÉCOLOGIQUES
A- A COURT TERME :
Arrêter la destruction de nos forêts en offrant des solutions autres à l’utilisation du bois
B- A LONG TERME :
Retourner à un équilibre écologique et maintenir un excellent rapport d’existence entre l’homme haïtien et son environnement naturel

IV- SOCIAL
A- FINAL :
Harmonisation sociale reposant sur l’égalité des chances et le respect des droits de chacun
B- SPÉCIFIQUES :
1- Eliminer les barrières sociales et faciliter l’intégration des couches marginales de la population
2- Augmenter les opportunités et assurer à l’individu le bénéfice de la nourriture, du logis, des soins médicaux, de l’éducation, des loisirs, de la sécurité de sa personne et de ses biens
3- Arriver à une répartition démographique équilibrée, inciter le développement de la société civile, améliorer le niveau de vie et assurer la protection de la famille et de l’enfance

V- CULTURELS
A- FINAL
Elévation du niveau spirituel de l’homme haïtien et en résumé que le nouveau fait culturel haïtien apporte à l’humanité une meilleure vision de l’humain
B- SPECIFIQUES
1- Une éducation centrée sur nos besoins et notre réalité de peuple
2- Elimination de l’analphabétisme
3- Officialisation du Créole (Revendication de 1986)
4- Multiplication des centres sportifs et culturels
5- Développement et affirmation de l’art haïtien
6- Protection de la jeunesse et les générations futures des pratiques dégradantes de la drogue, de la prostitution et de la violence
7- Réapprendre à l’homme haïtien à aimer son pays, à reprendre foi en lui-même et en son avenir

POUR LA DÉMOCRATIE FÉDÉRATIVE

La population haïtienne attend impatiemment l’établissement d’une société civile, fondée sur le respect des droits et des devoirs. Elle revendique un nouveau contrat social (1986) sur des bases démocratiques. Mais, aucune démocratie ne sera possible si les infrastructures de production et de service ne sont équitablement reparties sur tout le pays. Elle ne sera pas possible également, si de nouvelles structures ne viennent réduire les criantes inégalités sociales et régionales. On pourra bricoler une façade démocratique sur une charpente constitutionnelle. Mais, de bonne foi, nous savons que cette façade démocratique va durer juste le temps nécessaire au nouveau président de prendre le pouvoir, d’affirmer son régime en éliminant brutalement les opposants et d’établir à nouveau la dictature. C’est le même scénario qui se répète depuis près de deux siècles. Il faut, cette fois, un changement.

Le pays a encore de la sève pour renaître. Mais il devra renaître pour tous les Haïtiens, pas pour un petit nombre à l’exclusion des autres. La détermination que nous allons avoir à construire ce pays est inséparable de l’intime conviction que le pays est le nôtre et que nous y appartenons tous, sans distinction. Il est inacceptable de rêver qu’une partie de la population va continuer à bêcher joyeusement la terre, alors que l’autre continue à se réclamer les seuls maîtres des produits. Non, c’est uniquement rêvé.

Le début de la centralisation du pays remonte à l’occupation américaine. Ensuite, au fur et à mesure que la pauvreté se répandait, Port-au-Prince réduisait l’autonomie administrative et politique des provinces.

Cette politique avait été adoptée dans le seul but d’exploiter la communauté rurale, de piller les recettes des administrations communales et de gérer les revendications provinciales. Le désastre d’aujourd’hui est, en grande partie, la conséquence directe de cette politique absurde. Les institutions qui ont été mises en place sont des éléments de blocage à l’épanouissement des autres régions du pays. Par exemple, pour les questions en rapport à l’alimentation du pays, les provinces sont obligées d’avoir les yeux tournés vers la capitale pour une solution à quelque problème que ce soit. Alors que Port-au-Prince actuellement regarde au-delà de l’horizon, en espérant que la solution lui viendra de l’étranger.

L’indépendance du pays devrait commencer depuis la section rurale pour permettre à la collectivité de conduire dignement sa destinée. Une démocratie fédérative pourra assurer aux différentes régions du pays, la souveraineté, le droit, la responsabilité et le pouvoir de trouver des solutions effectives à leurs problèmes.

La décentralisation sur une base fédérative n’est pas un simple souhait mais une nécessité objective. Dans notre démocratie fédérative, les zones d’influence des autorités politiques pourront être modestes et s’équilibrer les unes et les autres. De sorte que les chances pour un gouvernement d’aboutir à une dictature seraient très réduites. Un autre élément important de cette structure fédérative est la multiplicité des groupements et des partis politiques qui ont fleuri après le 7 février 1986. Ils ont chacun leur quota de revendications et d'aspirations. Dans le cadre de la fédération, les structures juridiques et politiques seront pensées pour permettre à ces nombreuses entités de s’épanouir. Car de vraies institutions démocratiques sont supposées garantir les droits de la majorité, mais elles doivent protéger tout autant la représentativité des minorités. La flexibilité et l’esprit de tolérance sont des valeurs importantes à cultiver dans une société démocratique.

Ensuite, le fédéralisme, du fait qu’il élargira l’espace politique en créant un nombre élevé de responsabilités dans les autres régions du pays, sera une opportunité pour nos leaders de contribuer au progrès de la collectivité même en dehors de la capitale. Il y a lieu de considérer que cette multiplicité de partis et de groupements est un élément de risques. Car, dans l’état de définition actuelle et centralisée du pouvoir politique, une défaite électorale induira pour un candidat à la présidence, le choix entre l’exil ou la mort. De telles craintes occasionneront une confrontation sauvage des fractions politiques au cours des élections et pourront facilement conduire le pays à une guerre civile.

De toute façon, même le meilleur président du monde ne pourra garantir la démocratie au pays. Seules les institutions doivent être pensées pour inciter la population à adopter une attitude plus participative aux affaires de la société. Il sera important que l’engagement politique ne se limite pas à choisir des dirigeants. Chaque citoyen devra acquérir un instinct positif qui le portera à trouver des solutions aux problèmes de sa cité sur une base civile. Les gens devront avoir la responsabilité et la liberté de compter beaucoup plus sur eux-mêmes que sur l’Etat et les institutions publiques, pour l’amélioration de leur vie et de leur bien-être. Un état d’esprit qu’il faudra inoculer dans le subconscient de chaque individu est que, les dirigeants passent mais la société reste. De ce fait, la solution devra appartenir au citoyen, non à celui qui dirige. La démocratie est un état d’esprit.

La démocratie fédérative s’impose à nous. On ne pourra diminuer la tendance à l’émigration des habitants des provinces vers la capitale, si des mesures exceptionnelles ne sont adoptées pour réduire l’écart très large qui existe dans l’échelle des revenus entre les provinces et la capitale. Les revenus, très faibles en province, expliquent que les individus ne sont pas en mesure de payer pour un grand nombre de besoins. Et, par conséquent, les services sont peu développés ou tout simplement inexistants. Pourtant, avec l’apparition de nouvelles capitales régionales, équipées d’infrastructures adéquates et de services modernes, comparables à ceux de Port-au-Prince, les cadres seront encouragés à se déplacer vers d’autres régions du pays et à s’y installer sur une base permanente. Il faudra arriver à cela si nous voulons sincèrement que les provinces renaissent. Nous devons remarquer que la gestion à distance des provinces à partir de Port-au-Prince s’est jusqu'à présent, en dépit des différentes méthodes adoptées, révélée inefficace et coûteuse. En général, que se passe-t-il dans la réalisation des projets conçus à Port-au-Prince pour les villes de provinces ? Nous le savons : plus de 40% de l’argent prévu pour le projet est dépensé à Port-au-Prince, la capitale, en bureaux climatisés, voitures luxueuses, personnel administratif, frais de déplacement, etc. En résumé, on aboutit à réaliser une médiocre réplique du projet prévu. Cela arrive toujours de manière lamentable.

La démocratie fédérative va multiplier le nombre d’emplois dans les secteurs public et privé des autres régions du pays. Les administrations régionales, pour combler les nouveaux postes qui seront créés, vont faire de nombreux recrutements. Ainsi, une stimulation certaine sera fournie à l’économie des provinces. Ensuite, les zones rurales seront plus proches de leurs centres de décision. On peut s’attendre à ce que les capitales régionales deviennent des débouchés importants pour les produits des zones rurales, et à un coût de transport moindre. De même, l’industrie et le commerce de Port-au-Prince seront intéressés à établir des succursales dans les autres points du pays. Certains se déplaceront vers les régions, pour prendre avantage de l’augmentation du pouvoir d’achat des marchés régionaux. Cependant même les plus téméraires ne pourront le faire, si les provinces sont obligées de continuer à dépendre d’un service administratif concentré à Port-au-Prince.

Actuellement, la capitale ne peut plus prendre en charge de placer plus de quelques centaines de jeunes aptes au travail. Il y a également un nombre important d’Haïtiens vivant à l’extérieur qui brûlent du désir de revenir chez eux. Sans oublier ce contingent de sans-abris et de laissés-pour-compte qui n’ont jamais travaillé de leur vie. Enfin, le flot des gens laissant la campagne pour venir chercher du travail à la capitale va en augmentant. Ce sont tous des Haïtiens avec les mêmes droits que chacun de nous. C’est une obligation et un devoir de penser à tout ce monde. Une organisation fédérale est un moyen sûr de les intégrer à la vie active. Nous devons répondre aux besoins du pays. Il n’y a pas d’autres choix. Les structures politiques et administratives actuelles sont dépassées. L’heure du renouveau a sonné !


A SUIVRE : LES STRUCTURES FÉDÉRATIVES-2

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